Consultations
C'est avec plaisir que nous vous accueillons à nos bureaux sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal (Québec, Canada). Venez nous visiter. Nous sommes ouvert les jeudis de 19H30 à 21H30. Pour un rendez-vous, envoyez-nous un courriel à l'aide de la section Contactez-nous.
Nous avons besoin de votre aide
Nous faisons à l'occasion du classement de documents. Pourquoi ne pas venir nour voir et nous aider par la même occasion. Profitez de ce moment pour connaître certains bénévoles de notre organisme. Pour plus d'information, envoyez-nous un courriel à l'aide de la section Contactez-nous
Nos bureaux
Les Archives gaies du Québec
est situé au 4067, boul. Saint-Laurent, bureau 202 à Montréal au Québec (CANADA) H2W 1Y7. Le téléphone est 514.287.9987.

Entrevue avec Paul
Suite à mon article dans l’Archigai de 2010, voici un témoignage sur le milieu des danseurs nus à la fin des années 70 et les années 80. Propos recueillis par Richard Bradley.
Pourquoi es-tu devenu danseur nu?
Depuis ma jeunesse, j’ai toujours été exhibitionniste. Je trouvais que j’avais un beau corps, mais pas celui d’un culturiste. J’étais plutôt mince, on disait que j’avais de très belles fesses.
Dans ces années-là, il n’y avait pas beaucoup d’occasions de montrer son corps nu, tout était caché ou illégal. Je cherchais dans les petits magazines de l’époque si on demandait des modèles, mais je ne trouvais rien.
Vers 1972, j’ai vu un reportage dans Allo Police, je crois, où on parlait de gogo boys, sans nudité, avec des photos sur la première page. J’ignore où se situait le club et aucune autre information n’a paru par la suite. Cela m’intriguait grandement et je voulais absolument devenir un gogo boy comme on les appelait alors. Vers 1975, un autre reportage dans un journal a attiré mon attention. Le Lavalois, un club de danseuses nues, offrait des soirées pour dames les fins de semaines. J’y suis allé. En voyant le show, de plus en plus je voulais essayer. C’était défendu d’être nu sur scène et les danseurs portaient un cache-sexe.
Une bonne fois, je me suis décidé. J’ai téléphoné à une agence et on m’a envoyé à l’extérieur de la ville dans des clubs de danseuses. C’était en 1977. Les gars du village voulaient me battre après ma première journée. Le soir suivant, une danseuse est venue m’avertir de quitter sinon je m’exposais à un mauvais quart d’heure. J’ai déguerpi, mais quand même les danseuses m’avaient trouvé très bien.
La même année, dans une autre ville, un gars a monté sur la scène en m’insultant et en disant que je faisais honte aux hommes : «Y a juste les tapettes qui dansent comme gogo boy.» Il était prêt à me frapper. Arrivé à deux ou trois pieds de moi, je suis resté là à le regarder. Quelqu’un s’est interposé. La soirée a mal finie par des lancements de bouteilles de bière, mais ce n’était pas à cause de moi. La clientèle mâle et straight n’était pas capable d’accepter qu’un gars se montre nu.
Encore d’autres clubs de danseuses nues en province pour enfin aboutir au Lavalois où je suis resté pendant quatre ans. Ce fut une expérience merveilleuse avec les clients et les danseuses. J’étais très bien accepté là-bas et j’ai vécu des moments inoubliables. J’ai toujours eu de bonnes relations avec le personnel et les patrons. On m’appréciait beaucoup. J’utilisais toujours le nom Paul. Une ou deux fois, on m’a appelé Jimmy. Le premier club gai où j’ai dansé était La Rose Rouge sur Sainte-Catherine Ouest entre Guy et Atwater, si je me souviens bien.
Comment choisissait-on les danseurs?
Lors d’auditions, on devait toujours faire un strip-tease sur la scène même si, à l’époque, c’était illégal d’être nu. Il fallait quand même enlever le string, je n’ai jamais eu de problème avec ça. Je n’ai jamais été refusé et comme je l’ai déjà dit mes premières expériences c’était dans des clubs straight. Il m’arrivait de faire des duos érotiques. Seul, on dansait aux tables sur demande pour les couples lors des soirées des dames et quelquefois pour des gars solitaires qui n’étaient pas dérangés par ça. Avant Le Gai Apollon, j ai fait des clubs gais et dont un sur Sainte-Catherine où je me suis senti obligé de coucher avec les deux proprios : un dans son penthouse de l’ouest de la ville et l’autre sur le plancher du club après la fermeture. Il y a eu une couple d’orgies organisées avec des danseurs dans un appartement de luxe du centre-ville.
Avant 1980, je fréquentais un cruising bar gai qui portait le nom La Bohême. Par la suite c’est devenu Le Gai Apollon. J’ai été engagé à l’ouverture officielle du club en hiver début 80. Je connais les noms des deux propriétaires de ce club, ils n’étaient pas gais du tout. On dansait sur une scène et aux tables pour cinq dollars la danse. J’ai eu aussi quelques clients et vu des personnages connus qui fréquentaient ce club.
Où avaient lieu les danses?
Je me souviens d’un club gai de la rue Sainte-Catherine Ouest. La première fois, je me suis présenté comme client et j’ai fait danser un jeune homme qui me plaisait. À cette époque, la scène était une énorme boîte où le gars se déhanchait jusqu’à la nudité totale. Quelques semaines plus tard, c’était moi le danseur et lui était assis à une table avec des copains. Je l’entendais dire que j’étais pourri et ses amis ont dû le retenir pour ne pas qu’il vienne me faire un mauvais parti. De la jalousie. J’étais déçu que ce fût lui, celui que j’avais fait danser quelques semaines auparavant.
Malheureusement, il n’y avait pas d’isoloirs à cette époque. On montait sur la scène pour exécuter trois danses. Après on espérait se faire demander aux tables, la seule manière de faire de l’argent. C’était très excitant, mais il n’y avait pas de contact. Je me souviens d’un client régulier, un jeune anglophone avec un chapeau de cowboy, qui se masturbait discrètement pendait que je dansais pour lui. Au début, il y avait un gérant gai très sévère qui surveillait tout. Il a même surpris des danseurs dans les toilettes en haut avec des clients et il les a mis à la porte sur le champ. Le propriétaire était straight, mais super gentil. Plus tard, il n’y avait plus de gérant.
Y avait-il des règlements pour les danseurs dans les clubs où tu dansais?
Règlements: Trois danses obligatoires. La dernière devait être un slow et à ce moment on enlevait le cache-sexe même si c’était encore défendu par la "louaw".
Anecdote. Il m’est arrivé de ne pas retirer mon cache-sexe deux ou trois fois, car il y avait un gars d’environ 30 ans qui me regardait en me défiant de l’enlever pour voir la grosseur de l’engin. Il semblait penser que c’était petit. Il me regardait avec un air moqueur et il m’intimidait. Le portier m’a averti de suivre le règlement à la troisième danse. Quand le fameux monsieur est revenu, je l’ai enlevé. Comme on dit : la face lui est tombée. Il était mal à l’aise et a quitté aussitôt pour ne plus revenir. Il devait être surpris de voir que je n’avais pas de raison d’être gêné à montrer mon appareil... Plus tard, j’ai pensé que c’était peut-être un danseur qui voulait ma place.
Les danseurs d’hier versus ceux d’aujourd’hui.
En passant, il me vient à l’idée qu'il y a une grande différence entre les danseurs de mon époque et ceux d’aujourd'hui. Aujourd'hui, les gars sont beaucoup plus musclés. Je dirais même presque trop pour avoir une silhouette de danseur, on dit plutôt stripper. Les gars sont massifs surtout ceux pour les soirées pour dames. Les minces, ce sont des jeunes qui travaillent dans un ou deux clubs comme le Taboo. Aujourd’hui, avec le physique que j’avais à l’époque, je n’aurais jamais été engagé dans un club straight et même pas dans un bar gai à moins d’avoir 18 ans environ et dans un endroit spécialisé dans "les petits jeunes'". J’avais déjà dépassé cet âge-là lorsque j’ai débuté. Aussi, autrefois, il fallait faire le service aux tables pour les pourboires. Autre grande différence, il ne fallait jamais être en érection sur la scène. Quand ça arrivait à un danseur, ses camarades riaient de lui. Certains clients nous demandaient : «Comment faites-vous pour ne pas bander? Prenez-vous des pilules?» Maintenant, les gars se masturbent avant la dernière danse, justement pour être en érection. Les temps changent... Les danseurs des années 70 (des pionniers) passaient pour des "tapettes" et étaient mal acceptés par les straights, maintenant ce sont des héros... mais je ne sais pas s’ils font autant d’argent.
En repensant à ton expérience de danseur nu, en gardes-tu de bons souvenirs ou as-tu des regrets?
Aucun regret, ce fut une expérience agréable qui m’a permis de vivre mon penchant d’exhibitionniste. En même temps, je défiais les tabous de l’époque en frisant l’illégalité, mais sans faire de mal à personne. Choquer la société prude me donnait une grande satisfaction et je me sentais, pour la plupart du temps, apprécié et désiré. Ça me faisait un grand plaisir, même s’il n’y avait pas de sexe réel. Je le ferais encore, mais pas à cette époque-ci. Je retournerais en arrière dans le passé, mais je ferais quelques choses différemment comme être moins complexé par mon apparence et foncer pour travailler plus. Aussi j’aurais dû être encore plus ouvert avec la clientèle au lieu de faire ma job straight et me montrer moins indépendant. En résumé, avoir plus de plaisir encore.



